Pour la cinquième année consécutive, nous avons passé la retraite du Nouvel An « dans la vallée » comme nous disons.
Cela veut dire que nous sommes descendues de notre montagne ardéchoise pour nous réfugier dans un lieu appelé « Charousse » tenu par notre ami Michel Monnier et qui nous accueille toujours avec beaucoup de générosité.
Nous étions une quinzaine de personnes à y participer.
Le passage de l’année est un moment que nous aimons silencieux et recueilli.
Un moment aussi de réflexion sur l’année passée et sur la direction que nous aimerions donner à notre vie dans cette nouvelle année.
Quelques personnes ont accepté de mettre par écrit leur vœu et de le partager.
Les voici :

Récemment, j’ai été négligente avec mon kolomo (vêtement monastique à manches longues) et Jôkei Sensei m’a demandée de réfléchir sur sa signification.
Le kolomo, ainsi que le kesa, le zagu, le rakusu et les bols, sont les cinq objets que les moines et les nonnes recevons le jour de notre ordination et qui nous accompagnent tout au long notre vie de pratique. Nous les recevons des mains du maître, en nous prosternant et en faisant le vœu d’en prendre soin, de les respecter, de garder toujours à l’esprit leur signification profonde, de les utiliser pour aider tous les êtres.
Au temple, ils font parti de notre vie quotidienne : nous portons le kesa, le zagu et le kolomo à chaque zazen, nous mangeons deux fois par jour dans les bols, nous portons le rakusu lors des enseignements, des temps d’étude, des repas. De cette façon, on devient intime avec et on peut comprendre leur véritable dimension. Mais il y a aussi le risque, dans ce rapport quotidien, d’être négligente et de les traiter comme des objets ordinaires.

En prendre soin, être attentive, respecter, vénérer ces objets : voilà mon vœu pour cette année. Parce que c’est à travers cette attention et ce soin porté dans les actes de notre quotidien qu’on peut transformer l’ordinaire en extraordinaire et vivre à la lumière du Dharma.
Gasshô.
Toen-Ni – Nonne de la Demeure sans Limites


Pour aider tous les êtres, je fais le vœu de développer l’écoute
du monde tel qu’il est,
de chaque être vivant, de chacune et chacun,
en commençant par moi-même.

Un poème s’invite au début du premier zazen de la Retraite du Nouvel An :
Assis dans le soir, entre nous s’écoule
un frais silence.
Puissé-je ainsi rester toute cette année à l’écoute du silence et des cris
de tous les êtres sensibles

Dalaï Lama : « Ecoutez vos proches, ce qu’ils disent, et aussi ce qu’ils ne disent pas… » – dans une liste de recommandations… pour une nouvelle année.
Quelle écoute ?
Un fils de 15 ans : « Tu ne m’écoutes pas ! – Mais si, et je te réponds ! – Tu me parles, mais tu ne m’écoutes pas ! »

Thich Nath Hanh : « L’écoute profonde est à la base de la Parole juste »

Tchouang Tseu (philosophe chinois cité par M. Rosenberg dans un chapitre sur l’écoute empathique) : « L’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être entier est à l’écoute ».

Écouter de tout son être !

Martin Buber parle de l’écoute qui écarte tout préjugé, tout jugement, de la présence et de la responsabilité de celui qui écoute, exactement comme en présence… d’un nouveau-né !

Être attentive et m’entraîner à cette écoute de tout mon être, en toutes circonstances, écoute qui écarte les obstacles à l’empathie tels que conseiller, évaluer, interroger, moraliser, surenchérir, clore, consoler…Une écoute qui oublie « moi-je ». De tout mon coeur, c’est le vœu, afin d’aider tous les êtres, que je formule pour 2020 – et après !
Danielle Chokan


Pour le vœu dont j’ai souhaité parler le premier janvier 2020, je me suis inspirée de deux extraits d’un entretien avec Jean-Pierre Taiun Faure intitulé : « Guérir l’esprit, En retournant à l’esprit originel » que j’ai lu dans le numéro hiver 2019 de la revue papier Sagesse Bouddhiste p.19-25 :

« Le vrai problème, c’est que nous avons sans cesse une multitude de tout petits dysfonctionnements qui sont des manifestations des trois poisons, on ne fait pas attention. Et ils nous empêchent de changer radicalement de direction. Tout le monde est d’accord pour changer […]. Mais ce qui dirige notre vie dans notre réalité profonde d’êtres humains, c’est notre karma,
surtout nos mauvaises habitudes. Celui-ci va mentir un petit peu, celui-ci va voler un petit peu, et celui-là va passer un petit peu en force, tandis que celui-là va d’abord songer un petit peu à lui avant de penser aux autres, pendant que celui-ci va s’admirer un petit peu et un petit peu critiquer. Nous ne voyons pas que le diable se cache dans les petits détails. Et ce sont ces petits détails de notre vie, où nous ne sommes pas toujours honnêtes, où ne sommes pas toujours justes, où nous ne sommes pas toujours en paix : sans cesse l’aversion, l’avidité, et l’ignorance sont subtilement à l’œuvre – on ne fait pas grand-chose, ce n’est pas si grave – c’est anecdotique…
[Dans la vie] nous sommes devant ce choix qui se pose à toute personne qui est un tant soi peu éveillée : « Est-ce que je vais vers l’égoïsme ou est-ce que je vais vers le service à l’autre ? », « Est-ce que je roule vite au risque de causer un accident ? », «Est-ce que je bouscule cette personne dans le métro ou est-ce que je laisse le passage », « Est-ce que je m’empiffre ou est-ce que je décide de rester léger en vue de ce que je dois faire demain » et « Le matin, est-ce que je paresse un peu sous la couette en attendant le dernier moment pour sortir du lit, ou est-ce que je me lève au bon moment pour faire les choses en paix ». Ce choix de prendre soin de soi et des autres pour devenir Bouddha n’est jamais acquis et se fait dans les détails. […] Nous rencontrons sans cesse ce choix de fonctionner ou pas en fonction de notre paresse, de notre je-m’en-foutisme ou de notre manque de responsabilité. »


Ce texte m’a amenée à m’interroger sur tous ces moment où je me trouve des excuses pour ne pas faire parce que ce n’est pas grave, cela n’a pas d’importance, tous ces moment où je me trouve des excuses. Je me suis interrogée aussi sur tous ces choix auxquels je suis confrontée tous les jours pas forcément des décisions « fondamentales » mais tous es petits choix de la vie quotidienne qui me font dévier de la Voie. Et cela m’amène à me « retrousser les manches » au quotidien sur de petites choses mais un petite plus un petite plus… plutôt qu’à me fixer de objectifs qui peuvent paraitre
plus « nobles » mais que j’aurai vraiment du mal à réaliser…
Donc, mon vœu pour l’année 2020 est de traquer tous ces « un petit peu » et tous ces petits choix qui m’empêchent d’être totalement dans ma pratique.
Anne-Marie

P.S. Jean-Pierre Taiun Faure est maitre zen et abbé du monastère de Kanshoji (Dordogne)


Merci pour cette très belle retraite, dans cette maison si accueillante !
Mon vœu pour 2020 est de parvenir à me réunifier. Une amie m’a fait constater que depuis quelque temps je marchais avec un pied sur ma voie spirituelle et le deuxième en dehors et elle a fait un geste des mains, et j’ai visualisé le pas du patineur, sauf que le patineur se sert de ce pas pour progresser, lui… Cela m’a parlé, et j’ai donc fait ce voeu de remettre en quelque sorte mes pieds parallèles, et de tracer ma route sur la Voie du Bouddha, en suivant le proverbe zen « Si tu veux aller vers le Nord, ne tourne pas ta barque vers le Sud ». Et puisque ce voeu est un peu immense, je lui associe un 2e, plus concret, qui est de travailler sur une plus grande sobriété dans tous les domaines, revenir à la joie du « c’est assez ».Je vous souhaite à tous une très belle année sur la Voie du Bouddha!Gasshô,
Anne-Claire


Mon voeu pour 2020: Trouver ma vérité intérieure (être dans mon dharma intérieur comme le disent les hindous) à chaque instant, ce qui me relie à l’univers! « L’univers reflète ce que nous sommes et la manière dont nous le percevons. Si nous posons sur lui un regard généreux et bienveillant, il nous témoignera à son tour générosité et bienveillance. En revanche, si nous l’abordons avec méfiance dans le seul but de satisfaire nos intérêts personnels, nous n’obtiendrons de sa part que méfiance et avidité. La confiance appelle la confiance. La peur appelle la peur. Admettre la bienveillance de l’univers (et la nôtre car la même chose) ne consiste pas à nier l’existence de sa part d’ombre. Mais ne voir dans la nature qu’un univers sauvage et impitoyable et dans l’espèce humaine que des êtres égoïstes et cupides, nous incite à répondre sur le même registre. Si nous plantons des graines de la malveillance, nous récolterons de la malveillance, si nous plantons des graines de la bienveillance nous récolterons de la bienveillance. » Pour une écologie spirituelle : Satish Kumar. je suis repartie de la retraite avec le cœur léger et ma valise pleine des bons souvenirs des magnifiques partages! Je vous remercie à tous d’avoir été là et d’avoir rendu possible cette belle retraite. Un grand MERCI en particulier à Michel qui nous a accueillit avec beaucoup de générosité et de bienveillance. Un Grand MERCI à Sensei et à Toen pour toute cette grande préparation et tous ces plats délicieux cuisinés avec beaucoup d’amour et de finesse! Gasshô!
Gina


Vous pouvez consulter le programme ici.

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